Je ne suis pas féministe…

….mais quand même un peu, et puis je suis une femme. Et je me sens concernée quand on parle de la “cause des femmes”.

Au début j’ai lu l’article un peu en diagonale, alertée par une lectrice qui était curieuse de savoir ce que j’en pensais. J’avoue ne pas avoir saisi tout le sens des propos d’Elisabeth Badinter, et pour être sincère je les ai mal pris.
Puis je les ai relus et écoutés et mon ton s’est adouci.

Dans son livre, le Conflit, la Femme et la Mère (que je pense certainement lire) Elisabeth Badinter décrit l’émergence d’un nouveau modèle qui met la maternité au cœur de la condition de la femme. En substance elle déplore que la femme se replie sur sa condition de mère, et assimile cela comme un retour en arrière “C’est une représentation à rebours du modèle qu’on a poursuivi jusqu’à présent, qui rend impossible l’égalité des sexes et malvenue la liberté des femmes.”

Je suis mitigée. D’accord sur le fait que dans certains cas c’est un vrai recul, un renoncement d’une carrière “épanouie”, mais dans les cas, majoritaires, choisis c’est une évolution des mentalités. Rien de plus.

Je la rejoins aussi sur la culpabilité qu’on fait porter aux jeunes mères qui concilient vie active et vie de maman. Cette culpabilité latente et insidieuse que l’on ressent lorsqu’on dit que l’on va retourner travailler. Mère indigne qui préfère qu’une tierce personne s’occupe de son enfant. A l’inverse, la même qui reste chez soi à pouponner sera dénigrée car rétrograde. En substance une mère ne fait jamais assez bien, et ce quoi qu’elle fasse. Une mère qui travaille sera culpabilisée à la fois de laisser son enfant la journée, mais aussi de devoir partir le soir s’en occuper.

La féministe en moi ne peut qu’être d’accord sur l’inégalité homme-femme. “Or il y a une hypocrisie à gémir sur les écarts salariaux et en même temps à détourner les yeux de l’inégalité majeure : celle de la non-répartition des tâches familiales et domestiques, qui continue à occasionner une concurrence déloyale entre homme et femme.” Néanmoins je nuance là ses propos car le jeune papa moderne, et un peu bobo aussi, aide beaucoup. Personnellement même si je continue à assurer la cuisine à la maison, quand il s’agit de s’occuper de notre fille le partage est équitable.

Là où je désapprouve ses idées en revanche c’est sur ce qu’est la maternité “écolo” (et qui explique aussi pourquoi j’en parle ici aussi).
Selon elle, les couches lavables sont un pas en arrière car une somme de travail supplémentaire qui incombera nécessairement à la mère.
Au niveau de l’alimentation elle dénonce les diktats de la “nature” “il faut donner à l’enfant les fruits de la nature, lui épargner l’artificiel, le chimique, comme le lait artificiel“, enfin elle dénonce l’allaitement “obligatoire” et le cododo qui va avec “J’oublie de dire que comme elle allaite à la demande, il est recommandé de mettre le bébé dans le lit conjugal. Cela nie l’intimité des adultes et exclut le père.
Sur ces points nos avis divergent. Je refuse de penser qu’en allaitant ma fille je me suis soumise à un quelconque diktat, et que si elle a dormi dans notre lit ses premières semaines, mon chéri en ait été exclu. Je refuse de me dire que donner à ma fille des aliments “industriels” soit là encore l’expression d’une soumission à des diktats écolos.
Il s’agit là de ma conception de ce qui est sain et mieux pour ma fille. Une mère veut donner le meilleur à son enfant. Et encore une fois quoiqu’elle décide elle est montrée du doigt.
Et si pour moi cela passe par des légumes bios et des plats maison je ne vois pas où est le recul. D’autant que pour les plats maison, nous mangeons les mêmes, et je gagne du temps en cuisine !

Tout cela pour dire que si je suis féministe je suis surtout pour une liberté de la femme. Qu’elle décide d’allaiter ou non, de s’occuper à temps plein de ses enfants ou non, peu importe mais surtout qu’il s’agisse de son choix. Lorsque ce choix devient la seule issue faute de moyens, à cause d’un salaire de femme facilement effaçable en regard d’une allocation familiale et de frais de garde nuls, à cause d’un travail peu valorisant, à cause du rythme de vie soutenu qu’engendre l’éducation d’un enfant et un travail à temps plein, alors c’est clairement une régression. Et en ce point Madame Badinter et moi-même sommes d’accord. Parce que l’origine du problème est ailleurs, elle est dans la société phallocrate, dans l’inégalité homme femme sur le partage des tâches, sur le salaire, sur les responsabilités, sur leur carrière. Et c’est selon moi plus “grave” qu’une histoire de couches lavables et d’allaitement….

Je n’étais pas convaincue que ce billet trouve ici sa place, mais je suis une femme, une maman, une écobo et une femme active. Et je me sens plus que concernée.

8 Responses to “Je ne suis pas féministe…”

  1. fx  on February 16th, 2010

    Si si ! ce billet a sa place ici, j’ai pensé à ton blog quand j’ai écouté partiellement la journée “France Inter” de Mme Badinter.

    Je pense qu’Hélène aurait aimé réagir à ses déclarations sur le fait que des générations entières avaient été nourries au lait industriel et que ça ne posait aucun problème (la preuve étant, selon elle, que la durée de vie a augmenté et continue d’augmenter … c’est comme si on affirmait le strict contraire en disant que les cancers n’ont cessé d’augmenter …)

    J’ajoute que je participe à l’élaboration de plats pour mes filles (à base de légumes bio autant que possible) avec le plus grand des plaisirs … et je ne vois pas où est la régression :)
    Mon ainée mange d’ailleurs plus facilement une soupe (ou purée) qui ne lui plait pas plus que ça si elle sait que sa mère ou moi-même l’a faite pour elle.
    Bien sur, cela n’a sans doute d’importance pour elle que parce que nous lui avons expliqué pourquoi :D

  2. Eva  on February 17th, 2010

    Très bel article, Blandine. Je te suis…

    L’écobo-attitude serait rétrograde… Bon, pour moi c’est juste responsable.
    Nourrir ses enfants? idem. Sein ou biberon, on s’efforce de faire au mieux.
    La culpabilité? hormonale ou féminine, rien à voir avec l’OMS et la LL. Juste la volonté de bien faire.
    Madame Badinter, permettez moi de remplacer “mère” par “père” et de croire que mon couple est moderne: grâce à l’allaitement, mon chéri me dispensait de vaisselle, il se levait la nuit (si!) pour apporter lui même nos enfants dans le lit conjugal. Et on est heureux comme ça. Pas de maternage, une parentalité partagée. Plaisirs et responsabilités, à égalité.
    Je suis féministe chère madame, mais je ne peux me résoudre à nier mon instinct, aussi animal soit-il. Je ne pourrirai pas non plus volontairement la Terre de mes enfants. Pas sous couvert de féminisme, en tous cas.
    Ce sont les vieilles représentations qu’il faut dépoussiérer…

  3. Marion  on February 17th, 2010

    Merci Blandine pour cet article.
    j’peux pas mieux dire qu’Eva dont les mots pourraient être les miens…
    Je n’ai pas lu le livre mais je me fie à Blandine, et le genre de propos qu’utilise EB a le don de m’exaspérer.
    J’ai arrêté de travailler pendant 3 ans pour accompagner mes filles, les aider à grandir… j’ai eu 2 allaitements longs (2x 2ans) et je suis adepte du maternage et NON je ne suis pas esclave, encore moins une extra-terrestre et NON ce n’est pas une regression quand cela est choisi ! Les féministes de la trempe de EB ont lutté pendant des années voire des décennies contre des idées reçues, imposées par une société masculine et aujourd’hui j’ai comme l’impression que le livre de cette chère Madame EB n’est qu’une suite de clichés (sans nuances).
    Oui au Féminisme Non à l’Egoisme !!

  4. Vincent  on February 17th, 2010

    Marrante les réactions quand même. Moi j’ai pas compris comme vous les propos de EB. Je pense qu’elle voulait souligner les modes qui influencent les femmes : par exemple elle dit qu’à son époque c’était pas de lait maternel que du lait en poudre…

    Bref je crois qu’elle veut que les femmes s’interrogent : qu’auriez vous fait il y a trente ans ? Est ce qu’au fond vous “n’obéissez” pas à une mode ?

    Et je suis assez d’accord avec elle sur l’éventualité d’une taxe sur les couches jetables, tout cela reste un choix et on ne va pas brûler les gens qui en utilisent (enfin j’espère sinon je vais avoir chaud).

    Bravo quand même Blandine pour ton article très bien écrit et équilibré, parce que dans les liens que tu as donné dans les commentaires il y a un paquet de littérature illisible.

  5. zalapabelle  on February 18th, 2010

    Je crois qu’il faut vraiment lire le livre tant le sujet est délicat. A mon sens, E. Badinter est une philosophe et s’attache donc à décrypter les évolutions sociétales à venir. Ce que j’en ai compris c’est que le courant écolo si il se radicalise pourrait mener à la culpabilisation des mères qui ne le suivrait pas, idem pour l’allaitement. Ce qui est très étonnant, c’est comme les esprits s’échauffent dès que l’on parle de maternité. Comme si élever son enfant différement de la voisine signifiait forcément que l’un à tort, l’autre raison.

    Il faut que je lise le bouquin mais je pense qu’il est bon d’avoir remis le débat sur la maternité et la cause des femmes sur le tapis. Parce que c’est pas simple d’être maman, il faut sans cesse faire des choix. Ah, on en aurait des raisons de culpabiliser !

  6. Blandine  on February 18th, 2010

    Merci pour vos commentaires !

    @ FX: un papa qui commente sur ce blog ça fait plaisir !

    @ Eva et Marion: je vous reconnais bien là les maman poules :) !

    @ Vincent et Zalapabelle: merci de partager vos points de vue. Je suis bien d’accord que toute dérive extrémiste quelle qu’elle soit n’est jamais bonne. La tolérance et la liberté de chacun sont les meilleures gardiennes de ces dérives !

    Quant à la lecture du bouquin c’est prévu une fois mon roman refermé ! J’en parlerai ici aussi !

  7. sandrine  on February 18th, 2010

    personnellement, je comprends ce qu’a voulu faire EB et vais aller lire son livre.

    et j’ai moi même ressenti cette radicalisation notamment sur l’allaitement en choisissant de ne pas allaiter mon deuxième fils.

    Elle met en garde contre la radicalisation et le côté sectaire (pour moi la LL, pour ce que j’en ai vu à la maternité ce n’est que ça).

    La maternité est jalonnée de choix et il ne faut dans un sens ou un autre se faire culpabiliser et c’est en cela que EB, nous met en garde

    private message : EB attaque Aurine…..